Ceratocystis platani : une menace imminente pour les paysages urbains et forestiers grecs

By Christopher Kennard |  Project Manager | RFF

Ces dernières années, les maladies des plantes sont devenues une préoccupation croissante tant dans l’aménagement urbain que dans la gestion des forêts. Un champignon pathogène, Ceratocystis platani, est responsable de redoutables chancres colorés sur les platanes, ce qui alarme de plus en plus les pays du bassin méditerranéen. En Grèce en particulier, où les platanes ornent les rues, les parcs et les sites historiques, les menaces posées par ce champignon vont bien au-delà des simples impacts environnementaux. Ses effets pourraient avoir des répercussions dans les domaines culturel et économique, tant la valeur attachée à ces arbres est significative. Si la propagation de Ceratocystis platani n’est pas contenue, elle pourrait entraîner des pertes financières importantes, une hausse des coûts d’entretien et des effets négatifs sur le tourisme et l’esthétique urbaine. En comprenant à la fois les bases scientifiques et le contexte socio-économique plus large, les parties prenantes locales pourront mieux apprécier l’urgence d’adopter des mesures proactives pour éviter d’avoir à gérer les conséquences économiques d’une propagation incontrôlée.

Figure 1 : Arbres sains et atteints de Ceratocystis platani sur l’île d’Eubée. Source : Université agricole d’Athènes (AUA).

Qu’est-ce que Ceratocystis platani ?

Ceratocystis platani est un champignon pathogène qui cible principalement les platanes (Platanus spp.), prisés pour leur valeur ornementale et leur résistance dans les environnements urbains. Le champignon envahit le système vasculaire de l’arbre, provoquant un chancre coloré, une maladie caractérisée par des lésions sombres sur l’écorce et la mort progressive des tissus infectés. À mesure que l’infection progresse, elle perturbe les fonctions physiologiques normales de l’arbre, entraînant un déclin de sa vitalité, voire sa mort dans les cas les plus graves.

Des recherches[1] ont montré que le champignon peut se propager rapidement, surtout sous des conditions climatiques favorables, c’est-à-dire chaudes et humides, très courantes en Grèce. Ces conditions créent un environnement idéal pour la prolifération de Ceratocystis platani, aggravée par la connectivité des paysages urbains. Le climat et l’interconnexion des arbres urbains accélèrent malheureusement la propagation du pathogène. La Grèce, avec son mélange de développement urbain moderne et d’espaces verts historiques, est particulièrement vulnérable, notamment dans ses grandes villes comme Athènes ou Thessalonique. Historiquement, les platanes contribuent non seulement à la fraîcheur urbaine et à l’esthétique, mais représentent aussi un symbole du patrimoine culturel. Leur disparition pourrait avoir des effets en cascade sur la biodiversité locale et la qualité de vie urbaine.

Conséquences économiques d’une propagation incontrôlée

Les enjeux économiques liés à la propagation de Ceratocystis platani en Grèce sont considérables. Dans les centres urbains, où les platanes bordent rues et parcs, ces coûts peuvent rapidement s’accumuler. Les budgets municipaux, déjà sous pression, risquent d’être davantage sollicités par la gestion de ce champignon. Les coûts directs incluent notamment :

  • L’abattage des arbres : une opération complexe et coûteuse, nécessitant du matériel spécialisé et du personnel qualifié pour retirer en toute sécurité des arbres parfois volumineux et dangereux, en zone urbaine ou forestière. Elle comprend l’évacuation des débris, leur traitement ou recyclage, la restauration du site, l’obtention de permis, et le respect de réglementations locales.
  • Le remplacement des arbres : un investissement conséquent impliquant l’achat de jeunes plants résistants, la préparation des sols, l’installation de systèmes d’irrigation, et la mobilisation d’une main-d’œuvre qualifiée pour assurer la plantation et l’entretien.
  • L’entretien des arbres : une dépense récurrente comprenant inspections régulières, élagage, fertilisation, traitements phytosanitaires et évaluations de santé, nécessitant des professionnels et des équipements spécialisés.

Outre les coûts directs, les impacts économiques indirects sont aussi nombreux :

  • Esthétique urbaine et tourisme : de nombreuses études soulignent l’importance des espaces verts pour l’attractivité touristique[2][3][4], liée à des retombées économiques locales. Selon la Commission européenne, les infrastructures vertes apportent des bénéfices au secteur touristique[5]. La disparition des platanes pourrait donc nuire à un secteur vital pour nombre de municipalités.
  • Services écosystémiques : les platanes contribuent à la purification de l’air, à la régulation des températures et à la gestion des eaux pluviales. Leur déclin peut aggraver les îlots de chaleur urbains, augmenter la consommation énergétique pour le rafraîchissement, et nécessiter des infrastructures coûteuses contre les inondations. La FAO souligne l’importance des arbres urbains face au changement climatique[6].
  • Valeur foncière : la présence d’arbres matures en bonne santé augmente la valeur immobilière[7]. Si la maladie se propage, elle pourrait provoquer une chute de la valeur des biens, affectant les finances locales et réduisant les recettes fiscales.
  • Forêts et pertes commerciales : les platanes jouent aussi un rôle dans la sylviculture commerciale. Dans les zones rurales, l’infection peut entraîner des pertes en rendement et en qualité du bois, impactant les communautés vivant de cette ressource.

L'importance d’agir face à Ceratocystis platani

Lutter contre Ceratocystis platani n’est pas seulement un enjeu environnemental, mais une nécessité économique. Sa propagation incontrôlée serait catastrophique pour les collectivités, les services forestiers et les économies locales. La détection précoce et une réponse rapide sont essentielles pour éviter une diffusion massive. Des programmes de surveillance systématique et des outils diagnostiques modernes, comme les tests moléculaires, permettent d’identifier les arbres infectés avant même l’apparition de symptômes visibles.

Figure 2 : Arbres sains et atteints de Ceratocystis platani sur l’île d’Eubée. Source : AUA.

L’Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes (OEPP) reconnaît depuis longtemps la nécessité de telles stratégies avancées de prévention pour contenir les agents pathogènes envahissants dans les écosystèmes naturels et urbains[8]. La prévention passe par une stratégie globale mêlant technologie, coopération et sensibilisation du public. L’implication des citoyens, la formation continue et un soutien politique fort sont indispensables à la réussite d’un plan de réponse efficace.

La contribution de STELLA et le projet pilote à Eubée, Grèce

Faire face à Ceratocystis platani exige une approche globale alliant solutions technologiques et participation active des citoyens et autorités locales. Le projet STELLA, financé par Horizon Europe, développe un système numérique de surveillance des ravageurs (STELLA PSS), s’appuyant sur des technologies de pointe comme l’intelligence artificielle (IA), l’Internet des objets (IoT), la télédétection et la science participative via des applications mobiles.

En Grèce, STELLA se concentre sur l’île d’Eubée (voir Figures 1 & 2), où en 2022, Ceratocystis platani a provoqué une catastrophe écologique, décimant des centaines de platanes centenaires le long des rivières. Le pathogène continue aujourd’hui de menacer les écosystèmes naturels et les zones habitées, ce qui rend la détection rapide d’autant plus cruciale.

Pour y répondre, STELLA met en œuvre un projet pilote intégré à Eubée. Les technologies du projet seront déployées dans une zone ciblée, choisie sur la base de données historiques, d’observations de terrain et d’une collaboration étroite avec les autorités locales. Ce site servira de terrain d’expérimentation pour l’évaluation des systèmes de détection et d’alerte précoce, ainsi que de centre régional de surveillance des foyers de maladie.

À travers ce pilote, STELLA vise non seulement à promouvoir l’innovation technologique, mais aussi à contribuer à la préservation de l’identité culturelle et écologique de la région — soutenant une gestion plus durable et résiliente des paysages naturels et urbains.

Financé par l’Union européenne. Les points de vue et les opinions exprimés sont ceux des auteurs et autrices et ne reflètent pas nécessairement ceux de l’Union européenne ou de l’Agence exécutive pour la recherche. Ni l’Union européenne ni l’autorité octroyant l’autorisation ne peuvent en être tenues pour responsables.

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